Arrivée d'Alexandre Varenne, Gouverneur Général sur le Primauguet - 17 Juillet 1927
sur-titre Alexandre Varenne

Varenne, le gouverneur qui rêvait d’humaniser la colonie

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Le réseau national de France 3 a diffusé en trois volets le documentaire « Colonisation, une histoire française » le 4 octobre dernier. Alexandre Varenne, Gouverneur Général d’Indochine en 1925 y apparaît avec ses rêves face à ceux qui seront ses opposants. Bel hommage.

Le documentaire signé Hugues Nancy, diffusé par France 3, est une histoire de la colonisation qui met l’accent sur les principaux territoires de ce que fut « la France des Colonies » avec notamment l’Algérie et l’Afrique du nord, l’Indochine, Madagascar et l’Afrique noire. L’auteur a utilisé de très nombreux documents d’époque, films d’actualité, pellicules en couleur inédites, films privés ou encore images des premiers grands reporters pour le cinématographe. Parmi les principaux fournisseurs d’images il y avait le fonds cinématographique Pathé Gaumont Archives et le fonds de l’Institut Lumière.

Le premier volet court de 1830 à 1914 avec ce qu’on peut appeler la conquête, le second volet est celui de l’entre-deux-guerres, période de l’apogée des colonies et du réveil des nationalismes et enfin le troisième volet est marqué par la seconde guerre mondiale qui met fin à l’expansion territoriale et ouvre dès le lendemain de la Libération les voies souvent douloureuses de la décolonisation.

Le Gougal tout de blanc vêtu

C’est dans le second volet qu’est évoquée la personnalité d’Alexandre Varenne, premier gouverneur général civil d’une colonie, à savoir l’Indochine. Le documentaire a bénéficié de l’apport de photos prêtées par la Fondation Varenne et aussi de séquences filmées des actualités de l’époque avec l’arrivée de Varenne dans la péninsule indochinoise, ses visites sur le terrain, ses rencontres avec les représentants locaux, mais aussi son retour en France en consultation alors qu’il est en butte aux grands colons. L’intérêt des séquences filmées est d’abord documentaire, ainsi est montré le rituel officiel et formel des déplacements de celui qu’on appelait le Gougal (le gouverneur général) dans son costume blanc, coiffé du fameux casque colonial blanc. Il est souvent entouré de ses proches et lorsqu’il n’est pas dans les grandes villes de ce vaste ensemble composé de l’Annam, de la Cochinchine, du Cambodge, du Laos et du Tonkin, il visite le terrain ou des sites prestigieux. A l’instar d’une excursion dans les temples d’Angkor au Cambodge ou de moments de villégiature dans sa villa de la montagne de Dalat.

[Extrait du 2e volet dédié à Alexandre Varenne]

L’homme de gauche face aux grands colons

Homme de gauche, c’est à ce titre, avec l’idée d’une colonie rêvée, qu’il vient en Indochine. Mais Alexandre Varenne devra se rendre à la raison, il y a loin du rêve d’une colonie apaisée à la réalité d’une colonie française. Il avait été nommé par le gouvernement du Cartel des Gauches arrivé au pouvoir le 11 mai 1924 et dont le président du Conseil était Paul Painlevé. La décision avait été prise d’en finir avec les gouverneurs qui jusque-là étaient des officiers généraux de l’armée, pour confier la charge à des civils, souvent des politiques aguerris. C’est ainsi qu’Alexandre Varenne, fort de son humanisme et de sa volonté de respecter les colonisés fut nommé. Sur place il lança non seulement des réformes politiques, une tentative d’un statut de l’indigénat, la formation d’instituteurs autochtones et l’ouverture des écoles aux enfants des peuples indochinois. Mais il se heurta au conservatisme des notables du grand colonat. Rappelé en France, il revint sur place pour une seconde période et termina sa mission au terme d’un triennat sans avoir pu changer fondamentalement la mentalité du colonisateur. C’était sans doute mission impossible. Et pourtant… L’ex-député du Loir-et-Cher Richard Georges[1] a raconté qu’en déplacement à Hanoï en 1946 il eut une discussion avec un commerçant, marchand de cartes et de journaux de cette ville du Tonkin au nord de la colonie. Il évoqua devant lui le nom de Varenne. Et le boutiquier qui était francophone eut cette formule : « M. Varenne est le seul gouverneur que nous ayons eu pour nous. » Bel hommage…

Bernard Stéphan 

[1] Richard Georges était un administrateur colonial. Après-guerre il ne revint pas au parlement et retrouva un poste dans sa fonction d’origine. Il fut nommé Trésorier-Payeur-Général en Indochine où il fut en poste de 1946 à 1951. Il fut d’ailleurs le dernier TPG de l’Indochine Française.

[Colonisation, une histoire française – Les trois épisodes ]