Alexandre Varenne

Les éditos d'Alexandre Varenne

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L’homme du pressentiment 25 ans après la mort de Jaurès, Alexandre Varenne signe cet édito alors que les bruits de bottes se font entendre à […]

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La mort de Jules Guesde survient au moment où les socialistes allaient, pour la huitième fois, commémorer la fin tragique de Jaurès. Pour ceux qui […]

Toutes les photos sont sous copyright du Fond Varenne

Alexandre Varenne,
un Républicain engagé

Fondateur de La Montagne, Alexandre Varenne a été le témoin de tous les défis de la première moitié du XXe siècle.
Alexandre Varenne est né le 3 octobre 1870 à  Clermont- Ferrand. Il passe  brillamment son baccalauréat au lycée Blaise Pascal, à Clermont-Ferrand et part à Paris, où il obtient son doctorat, en 1897, et devient Avocat à la Cour d’appel de Paris. Il est rédacteur à La Lanterne quand Jaurès l’appelle à L’Humanité. Il fonde le 4 octobre 1919 le journal La Montagne. Le 28 juillet 1925, Paul Painlevé le nomme gouverneur de l’Indochine. Il décède à Paris le 16 février 1947. Focus sur le destin peu ordinaire d’un homme résolument engagé.

L’esprit humaniste de Jean Jaurès l’habitera durant toute sa carrière politique

En 1902, il crée un hebdomadaire, L’Ami du Peuple et se présente à la députation, à Riom. Il est battu. Il se représente en 1906 et, mettant l’accent sur les grands principes du socialisme, il est élu premier député socialiste du Puy-de-Dôme. En 1910, il perd l’élection mais retrouve son siège en 1914. Trop âgé, en 1914, pour être mobilisé, il est affecté, durant quelques mois, au Bureau de la censure. En 1915 et en 1917, Varenne refuse toute participation au pouvoir par discipline de parti mais il reste un député très actif dans diverses commissions aux élections de 1919, tête de liste du parti socialiste, Varenne est réélu et restera député du Puy de Dôme jusqu’en 1936. En 1919, toujours, il est élu Conseiller général de Clermont-Ferrand. En 1924 et en 1925, Alexandre Varenne est vice-président de la Chambre.

Fondateur de La Montagne en 1919, il en restera le directeur politique jusqu’à sa mort

Une affiche placardée durant l’été 1919 annonce la parution en septembre d’un nouveau journal, La Montagne. L’affiche est illustrée par un dessin, montrant un paysan dans un champ qui interrompt sa fenaison pour s’emparer des nouvelles du pays. Un métallo vient lui prêter main forte mais lui aussi prend un moment pour lire le journal. L’affiche, noire et rouge, annonce la couleur : « La Montagne sera un journal vivant et complet, bien rédigé et bien présenté. Elle renseignera sur tout, ne cachera rien et ne craindra personne ».

L’édito du 4 octobre 1919 » En Avant »

Alexandre Varenne signe » La Montagne » pour ce premier éditorial. Mais le style Varenne est reconnaissable. De même est réaffirmée la reconnaissance de filiation avec les montagnards de la Convention, déjà écrite dans « L’Ami du Peuple ».

Alexandre Varenne et Francisque Fabre (©Fonds Varenne)

Alexandre Varenne expliquera comment il a été amené à fonder La Montagne à des hommes politiques qui ne partageaient pas tous sa sensibilité, en ces termes :

Ce serait une histoire assez curieuse à écrire que celle de la fondation de La Montagne. L’idée n’était pas de moi. Elle émanait de Marius Viple, dont le dessein était de pousser dans la politique son ami Isidore Thivrier, qui voulait devenir député au siège de son frère décédé*, lequel était mon ami. Comme il était impossible de faire vivre un quotidien à Montluçon et qu’il paraissait indiqué de le publier à Clermont, on ne pouvait guère se passer de mon concours. On me le demanda »(…)

Alexandre Varenne

Nommé Gouverneur général de l’Indochine par Painlevé

Le 28 juillet 1925, Paul Painlevé nomme Alexandre Varenne Gouverneur général de l’Indochine. Il le restera jusqu’en 1928. Il entreprendra, en Indochine, des réformes importantes, humanistes et courageuses.

En 1930, il est élu Maire de Saint-Éloy-les-Mines. En 1936, les colons du Tonkin le choisissent comme Délégué au Conseil Supérieur des Colonies. En 1937, mandaté par Léon Blum, à un moment crucial pour l’Asie, un voyage en Extrême Orient le mènera en Indochine, en Chine et au Japon. Ses observations et les liens qu’il noue avec l’entourage de Tchang Kaï-chek s’avèreront très utiles.

Durant les années de guerre, il s’opposera fermement au régime de Vichy et mettra ses talents d’avocat au service de grandes causes comme la défense de Jean Zay.
Son journal, La Montagne, incessamment censuré et qu’il sabordera en 1943, a le droit de reparaître dès la libération, en 1944, sous son titre originel. En 1945 et en 1946, il est réélu député et devient Ministre d’Etat durant six mois.

Alexandre Varenne décède, à Paris, le 16 février 1947, dans sa 77e année

Avec une émotion visible le président Édouard Herriot prononce l’éloge funèbre à l’Assemblée nationale devant les membres debout. Extrait :

Il a mérité cette épitaphe, la plus belle de toutes : Il fut un admirable Français.

(Éloge d’Édouard Herriot)

3 octobre (à 9h) : naissance à Clermont-Ferrand, dans une famille de petits commerçants de la rue des Gras.
Après sa scolarité (de 1876 à 1885), il est admis au lycée Blaise Pascal.

1870

En 3e, il suit les cours d’Henri Bergson qui l'initie à la philosophie. Dans le même temps, il se forge un sentiment laïc, athée et profondément républicain.

1885

Il passe brillamment son Baccalauréat ès-lettres, au lycée Blaise Pascal : Premier prix en Histoire, dessin d'imitation et rhétorique.
Il obtient d'autres prix en dissertation, mathématiques et histoire naturelle.
Tout en travaillant comme clerc d'avoué, il commence ses études de Droit à Clermont Ferrand, pour les poursuivre à Paris.

1888

Il obtient son diplôme de Bachelier en Droit (à Paris)

1890

Court service militaire (classe 1890).
Etudiant en Droit, il obtient une dispense.
Il s'inscrit au barreau de Clermont Ferrand.

1891

Passage à la réserve avec le grade de Sergent (Infanterie territoriale)
(Suivent plusieurs autres courtes formations militaires : 1895, 1898, 1903, 1907)
Vie précaire à Paris où il occupe un petit emploi dans une maison de commerce pour financer ses études et préparer sa thèse (jusqu'en 1897)
Il noue des contacts dans les milieux "politico-journalistiques" : Anatole France, Clemenceau, Briand, Sembat, Parassol, Viviani, Jaurès, Blum, Millerand, ...
(Ces rencontres s'avèreront essentielles par la suite ...)

1892

Décès de sa mère, née Françoise Marc (5 mars)

1894

Après avoir soutenu sa thèse, il obtient son doctorat (sciences juridiques) et devient Avocat à la Cour d'appel de Paris.
Varenne adhère au "Comité Socialiste Révolutionnaire Clermontois"

1897

Publication de la thèse qu'il a soutenu en 1897 :
"Etude critique sur les Droits de cession des Offices ministériels"
Après quelques contributions à diverses feuilles socialistes (Saint Etienne, Clermont Ferrand, Paris), Varenne fait ses véritables premiers pas dans le journalisme,  à Paris, à "La Lanterne" de René Viviani et Aristide Briand.

1898

Essentiellement journaliste parlementaire, Varenne est un habitué du Palais Bourbon.

1900

Première campagne électorale dans le Puy de Dôme - Riom Montagne
Varenne est battu, de peu, par le candidat radical Laville.

1902

Il achète une petite imprimerie, place de Jaude, à Clermont Ferrand, et crée un hebdomadaire : L'Ami du Peuple (1er numéro, le 2 octobre)
(Parmi ses collaborateurs, on remarque son frère, Jean Varenne, son cousin médecin, Francisque Varenne, Louis Parassols de la Fédération socialiste du Puy de Dôme,... /  l'hebdomadaire cessera de paraître aux prémisses de la guerre, en juillet 1914)

A Paris, Jean Jaurès appelle Varenne à "L'Humanité" qu'il vient de créer (avril). Il en sera le secrétaire de rédaction.

1904

Il adhère à la SFIO, le parti socialiste unifié de Jaurès, au Congrès du Globe (avril)

1905

Varenne, assisté de Parassols et Morel, réalise l'unification des fédérations socialistes du Puy de Dôme sous le sigle SFIO (janvier)

Deuxième campagne électorale dans la circonscription de Riom - Montagne
Varenne est élu premier député socialiste du Puy de Dôme

Visite de Jaurès à Clermont Ferrand pour célébrer cette victoire (7 octobre)

Député actif : rapporteur du projet de la Commission du suffrage universel
(qui ne sera pas adopté) et de la Commission de législation fiscale.
Ce projet fut précédé d'une série de grands meetings à travers tout le pays qui lui laissera d'intéressants souvenirs de terrain.

1906

Participe, à la Chambre, à de nombreuses commissions (Mines, Postes et Télégraphes, Budget, Impôt sur le revenu, Travaux publics ...)

1907

Introduction de la photographie dans L'Ami du Peuple.

1908

Varenne organise, dans son fief électoral, l'inauguration du viaduc des Fades (Canton de Saint Gervais d'Auvergne) par le Ministre du Travail, René Viviani (octobre)
Il épouse Marie Mélanie Foussadier, sa compagne depuis 1895 (décembre)

1909

Ses activités parlementaires ont éloigné Varenne de son fief électoral ...
Il est battu aux élections législatives (10 mai)

Il accompagne Jaurès au Congrès socialiste international de Copenhague.

1910

Varenne accepte une candidature d'arrondissement à Saint Claude (Jura). Il est battu au 2e tour

A Paris, il défend Victor Flachon, ancien directeur de La Lanterne, impliqué dans une affaire de mœurs

1911

Réélu député du Puy de Dôme
Il assiste, à Paris, aux funérailles de son mentor assassiné, Jean Jaurès (juillet)

Dernier numéro de L'Ami du Peuple (31 juillet)

Au début de la Grande Guerre, René Viviani, Président du Conseil, lui confie la délicate direction de la censure de la presse auprès de Gallieni, Gouverneur militaire de Paris. Pour ce faire, est élevé au grade de Sous-lieutenant (novembre)
Varenne accepte cette mission par patriotisme dans l'esprit de "l'union sacrée". Il occupera ce poste durant 6 mois.

Varenne est membre de la Commission du budget et rapporteur de la commission du budget de l'Algérie

1914

A la Chambre, il participe aux "comités secrets" qui analysent et critiquent les options militaires des généraux qui mènent les combats.

1916

Rédacteur à "l'Evénement" d'Alexandre Israël

Président de la Commission du suffrage universel, à la Chambre.
Il réussit, cette fois, a faire adopter sa loi qui donnera naissance à
la Chambre "bleu horizon" (novembre 1919) et au Cartel des gauches (mai 1924)

Painlevé, Président du Conseil, lui propose le Ministère de l'Instruction publique. Varenne refuse par discipline de parti (SFIO) ... Il le regrettera.

1917

Invité en Angleterre pour constater l'effort de guerre dans ce pays (juillet)

Le 11 novembre, jour de la "Victoire", à la suite de l'intervention de Clemenceau et au nom de la gauche, Varenne prononce, à la Chambre, un discours remarquable
("Le plus beau succès de ma carrière" se souviendra-t-il)

Il participe à la création du journal "La France Libre" avec Compère-Morel.

1918

Il fonde le journal "La Politique" avec P. Bertrand (parution de février à octobre)

Il crée, à Clermont Ferrand (4 octobre), son quotidien
"La Montagne" Quotidien de la Démocratie Socialiste du Centre

Réélu député du Puy de Dôme (novembre), il se retrouve dans l'opposition face à une "Chambre bleu horizon" (novembre)

Président de la Commission pour le "Suffrage universel", il fait adopter, par la Chambre, "sa" loi, cette fois, incluant la représentation proportionnelle.

Varenne est élu Conseiller général de Clermont Ferrand sud-ouest (décembre)
Il le restera jusqu'en 1942 lorsqu'il sera "démissionné" d'office par Vichy.

1919

Il participe au congrès de Tours qui marque la scission "socialistes - communistes" et reste dans la SFIO aux côtés de Léon Blum (décembre)

1920

Réélu Conseiller général de Clermont Ferrand

1922

Voyage en Algérie Varenne fait partie de la délégation du "Groupe viticole de la Chambre des Députés" (mars).

1923

Toujours dans la SFIO, Varenne est réélu député (mai) dans la mouvance de la victoire du Cartel des Gauches (qui se refuse à toute participation au pouvoir)
Il siège à la Commission administrative permanente du parti.

Varenne est élu Vice président de la Chambre (Paul Painlevé en est le Président)
(de juin 1924 à juillet 1925, il sera amené plusieurs fois à présider les séances)

Edouard Herriot, Président du conseil, lui propose l'ambassade de Moscou, en République des Soviets. Varenne décline en raison de sa position très nette contre les doctrines bolcheviques.

1924

Réélu Vice président de la Chambre (juillet)

Devenu Président du Conseil, Paul Painlevé nomme (juillet) Alexandre Varenne, Gouverneur général de l'Indochine (la perle de l'Empire : 1 colonie et 4 protectorats)
Varenne accepte à titre de mission temporaire. Il reste député.

Considérant qu'il s'agit d'une participation au pouvoir, que refuse la SFIO, Varenne est exclu du parti à une large majorité.

Varenne embarque en octobre, à Marseille, et arrive à Saigon le 18 novembre.

Il gracie l'une des grandes figures révolutionnaires indochinoises, Pham Boi Chau, condamné à mort avant son arrivée. Sa première mesure de Gouverneur et le début de ses ennuis ... (décembre)

1925

Varenne engage, en Indochine, de nombreuses réformes, importantes, humanistes et courageuses. En conséquence, il doit faire face au mécontentement des colons et aux attaques virulentes des politiques et de l'administration mais il gagne la confiance d'une grande partie des Indochinois.

Mission diplomatique au Siam. Signature d'un traité définissant les frontières entre le Siam, d'une part, le Laos et le Cambodge (Indochine), d'autre part.

Inquiet de la situation militaire aux frontières de l'Indochine, il fait doubler les effectifs, en hommes et en matériel.

Terminant son premier mandat, il rentre en métropole, fin octobre.

1926

Décès de son frère, Jean Varenne, Conseiller municipal de Paris (18ème arr.)

Retour en Indochine pour un 2ème mandat (avril)
Varenne poursuit ses réformes. Il est attaqué, politiquement, de toute part.

Fin du 2ème mandat. Varenne rentre en métropole (novembre) relativement meurtri par les accusations de malversations et autres attaques qu'il a subit.

1927

Rentré à Paris, Varenne est toujours Gouverneur général.

Poincaré, Président du conseil, lui propose un nouveau mandat de 5 ans en Indochine en échange de son mandat de député.
Varenne décline et présente sa démission de Gouverneur général au Ministre des Colonies, Léon Perrier (fin janvier)

Il se consacre dès lors à sa réélection de député du Puy de Dôme
Il est élu en tant que socialiste indépendant (avril)

La Commission d'enquête Richard (Ministère des Colonies) lavera Varenne de tous soupçons et son oeuvre, en Indochine, est unanimement reconnue (décembre)

1928

Elu Maire de Saint Eloy les Mines à une écrasante majorité (18 mai)
(il le restera jusqu'en 1942 lorsqu'il sera "démissionné" d'office par Vichy).

1930

A sa demande, Varenne obtient sa réintégration dans la SFIO.

1931

Varenne (SFIO) est réélu député du Puy de Dôme dès le premier tour
Il participe à la Commission des Travaux publics et à celle des Affaires étrangères.

Décès de son épouse, Marie Mélanie, à Bellerive sur Allier, (16 avril)

Il épouse, en secondes noces, Margueritte Migeot (14 novembre)

1932

Il se présente aux élections sénatoriales, il échoue (janvier)

Au Congrès de la SFIO (juillet) Varenne décide de quitter définitivement le parti
pour rejoindre la dissidence "Marcel Déat - Adrien Marquet" et participe à la fondation du Parti Socialiste de France - Union Jean Jaurès (les "néo-socialistes")

Croisière au Spitzberg durant laquelle il fait la connaissance d'André Malraux.

1933

A la mort de Pierre Pasquier, son successeur en Indochine, Varenne se porte à nouveau candidat au poste de Gouverneur Général. Pierre Laval, alors ministre des Colonies, refuse de le nommer.

1934

Voyage en Algérie (un temps, on le croit perdu dans le massif du Hoggar)

Voyage aux Antilles (décembre), en compagnie d'Albert Sarraut, pour la célébration du tricentenaire du rattachement de la Guadeloupe et de la Martinique à la République.
Au retour, passage à Cuba où Varenne sera fait "Grand Officier" de l'Ordre National du Mérite Carlos Manuel Céspedes (l'équivalent de la Légion d'Honneur que Varenne avait toujours refusée en France)

1935

Albert Sarraut lui propose le Ministère de la Santé publique. Varenne décline, arguant qu'il n'entend rien aux "problèmes d'hygiène". Il eut préféré les Colonies ou les Travaux publics, postes, hélas, déjà pourvus (janvier)

Il se porte candidat aux sénatoriales (face à Pierre Laval). Varenne est battu. Laval est élu Sénateur du Puy de Dôme.

Varenne est candidat à sa succession aux élections législatives (Riom Montagne)
Il est battu (mai) de quelque 17 voix ("par un hurluberlu quelconque" dira-t-il plus tard)
Bien que candidat du Front populaire, il paie son retrait de la SFIO, en 1933.
L'élection est invalidée par la Chambre mais il décide de ne pas se représenter.

Il rencontre Léon Blum, alors Président du Conseil et avance, une fois de plus, sa candidature au poste de Gouverneur général de l'Indochine. Blum hésite et refuse.
Varenne comprend qu'il paie, à nouveau, sa défection à la SFIO de 1933 et peut-être même sa nomination, en 1925.

Candidat, sans faire campagne mais bénéficiant de désistements, il est élu Délégué des colons du Tonkin (Indochine) au Conseil Supérieur des Colonies.

1936

Toutefois, mandaté par le Front populaire, il entreprend un voyage politique et diplomatique en Extrême Orient (janvier). Ce périple, de six mois, le mènera en Indochine d'abord, puis en Chine (déjà en guerre contre le Japon) où il nouera des liens très utiles dans l'entourage de Chang Kai Chek, puis au Japon, auprès du dernier gouvernement démocratique en sursis. Il rentre en France (juin) après avoir traversé le Canada et les Etats Unis, de Vancouver à New York.

Il intervient devant les commissions gouvernementales où il expose les conclusions de sa mission en Extrême Orient et ses craintes pour l'avenir de la région ...

1937

Varenne se représente aux élections sénatoriales, sans succès.

Avocat, il défend un groupe de syndicalistes poursuivis suite à la grève du 30 novembre, à Clermont Ferrand et Riom. (dont Marchadier, ouvrier chez Michelin)

1938

Suite à l'interdiction du parti communiste, Varenne, pourtant peu sympathisant, écrit, dans La Montagne, "la France est pratiquement sous la dictature de Daladier".

Voyage à Haïti, où il prononce un discours devant le parlement de Port au Prince.

1939

Le 10 juin, il écrit, dans La Montagne, un éditorial précurseur, 8 jours avant l'appel du Général de Gaulle, "Préparons la Résistance", suivit de plusieurs éditoriaux acerbes et critiques vis à vis du "nouveau pouvoir".

Il suspend la publication du journal, le 22 juin, à l'entrée des Allemands à Clermont Ferrand (jusqu'à la définition de la ligne de démarcation). La Montagne reparaît le 29 juin.

Varenne entreprend une correspondance, à sens unique, (une vingtaine de lettres dont certaines de 15 pages), à l'adresse de Pétain, lui faisant des propositions, le mettant en garde contre la dérive totalitaire et fustigeant l'abandon de l'Indochine au Japonais.

Unique rencontre avec Pétain pour lui parler de la question indochinoise. Sans effet.

Le 3 juillet, son éditorial est entièrement censuré, remplacé, à la "une", par un encart blanc. En réaction, le lendemain, il projette un éditorial titré "Sous la férule" qu'il décide de ne pas publier.
Varenne "brise sa plume, plutôt que de la mettre au service de la tyrannie".
Il n'écrira plus qu'un seul article pour rassurer ses lecteurs "Certificat de Vie" (10 août).

Jean Zay, ancien ministre du Front populaire, choisit Varenne comme défenseur au procès de Clermont Ferrand (octobre)

1940

Par une lettre d'abord, puis une intervention, personnelle, à Vichy, Varenne réussit à commuer la peine de "déportation à vie" de Jean Zay, en incarcération à la prison de Riom (ce qui, malheureusement, ne le sauvera pas des mains assassines de la milice de Darnand, en 1944)

Retiré dans sa "campagne" de Bellerive sur Allier (à quelques pas de Vichy), Varenne commence à rédiger ses mémoires (juillet).
Plus journaliste que mémorialiste, il relate, au jour le jour, les événements de la tragédie dont il connaît tous les acteurs. Sans compromission, il s'informe et rencontre régulièrement, les bons et les moins bons ...

1941

Varenne entreprend des démarches pressantes à Vichy, auprès de Pétain et de ses ministres, pour que le syndicaliste Marchadier, condamné à mort, ne soit pas exécuté. Sa peine est commuée.

A l'entrée des Allemands en zone jusque là non occupée (novembre), Varenne hésite à saborder son journal (comme le Progrès de Lyon ou le Figaro). Il évalue le pour et le contre, demande conseils : Le Troquer, Jacquinot, Bidault, Blum et d'autres l'encouragent à continuer tant que faire se peut, sans compromission (jusqu'en juillet 1943)

Il apprend par les journaux "officiels" qu'il est "démissionné" d'office de son mandat de Maire de Saint Eloy (24 octobre) et de son mandat de Conseiller général (13 novembre) pour appartenance à la franc-maçonnerie ("société secrète" interdite !)

Il suspend l'écriture de ses mémoires et s'exile, un temps, d'abord à Gannat chez son ami André Borie, puis à Orléans, chez son neveu (Jo Varenne, fils de son frère Jean)

Retour à Clermont et premiers contacts avec la Résistance par l'intermédiaire de Francisque Fabre, le Directeur de La Montagne (réseau Phalanx) et de ses "protégés" (dont quelques juifs) hébergés dans les locaux du journal qui devient un point de ralliement et un "foyer de la Résistance".

1942

Varenne reprend, une dernière fois, la plume et rédige un éditorial (sans doute assassin vis à vis de "l'Etat français" et de l'occupant). Article radicalement refusé par la censure, allemande, cette fois. Il décide alors de saborder son journal (3 juillet).

La Montagne n'est alors plus qu'une petite entreprise qui imprime des journaux, même les plus compromis ... autant de sources d'informations pour la Résistance.

Avec la complicité de Fabre, Varenne couvre des Résistants de son entourage, et fournit du papier pour les tracts et les journaux clandestins (dont Libération) ...
"Bien qu'aucun livre ou journal n'ait parlé de son action et celle de son journal La Montagne, il (Varenne) reste pour moi un des plus importants résistants d'Auvergne..."
Alphonse Rozier, chef militaire des FTP R6.

1943

De retour à Bellerive, Varenne reprend la rédaction de ses mémoires (15 juin) et de ses observations "sur le terrain". Ce sont les derniers jours de Vichy ...
Il y rapporte, au jour le jour, la débâcle allemande dans la région, les exécutions de Mandel et de Jean Zay, les tragédies d'Oradour et de Tulles, "l'enlèvement" de Pétain, le "retournement de veste" de Laval, la libération de Vichy et de Clermont,
il réfléchit à une nouvelle constitution, ... etc.

Dans ses mémoires, Varenne exprime ses craintes au sujet l'autorisation de reparution de La Montagne suite au décret de de Gaulle (qui interdit la reparution des journaux de la zone sud qui ne sont pas sabordés en novembre 1942)
Varenne se défend face aux attaques d'une partie de la Résistance (communiste) :
"Je n'ai de leçon de patriotisme à recevoir de personne ..." écrira-t-il.

Après bien des péripéties, La Montagne est finalement autorisée à reparaître.
Le premier numéro, daté du 15 septembre, porte l'éditorial de Varenne :
"La France est sauvée"
Nommé membre de l’Assemblée consultative pour l’Océanie (novembre)

1944

Il retrouve son mandat de Conseiller général de Clermont et de Maire de Saint Eloy les Mines. Il est réélu aux élections municipales du 13 mai.

Il est élu député (RGR) et participe à la première Assemblée constituante.

1945

Il est réélu député (UDSR), en juin, à la deuxième Assemblée constituante ainsi qu'aux élections de novembre (les premières de la IVe République)

Il entre dans le gouvernement Georges Bidault (juin), en tant que Ministre d'Etat.
Grand connaisseur de la question indochinoise, il est nommé Président du Comité Interministériel pour l'Indochine.
En marge de la conférence franco-vietnamienne de Fontainebleau, Varenne rencontre les délégués vietnamiens dont Ho Chi Minh à plusieurs reprises, et dispense ses conseils éclairés à la délégation française. Il ne sera pas écouté ...
On connaît les conséquences de l'échec de ces négociations.
"... nous devrions suivre l'exemple des Anglais, qui, pour l'Inde,
ouvrent la voie inéluctable de l'indépendance ..." avançait-il

Varenne démissionne de son poste de ministre, deux semaines avant la chute du cabinet Bidault

1946

Alors qu'il rédigeait le texte d'une importante intervention, à la Chambre, sur la question indochinoise, Varenne est victime d'une crise de myocardite aiguë.
Il décède le 16 février, à 19h, à son domicile parisien, dans sa 77ème année.

Le 18, son ami Edouard Herriot, prononce, à l'Assemblé nationale, un vibrant et chaleureux hommage à cet homme qui fut un grand républicain, un serviteur du "bien public", durant un demi-siècle. Il termine par cette phrase : « Il a mérité cette épitaphe, la plus belle de toutes : il fut un admirable Français.»

A Clermont Ferrand, le cortège funèbre parcourt les artères de la ville, entouré de ses amis et d'une foule de clermontois, jusqu'au cimetière des Carmes où il repose auprès de sa famille dans son Auvergne natale ...

Le 9 avril, le conseil d'administration de La Montagne se réunit au siège du 28 rue Morel Ladeuil. Francique Varenne, préside la séance et rend hommage à Alexandre Varenne, son cousin, fondateur du journal :
"La Montagne reste son oeuvre et son œuvre doit être continuée
dans l'esprit de son fondateur. Le nom d'Alexandre Varenne
figurera toujours à côté du titre du journal* qu'il a créé"
A l'issue de la séance, Margueritte Varenne, veuve d'Alexandre, est nommée, à 42 ans, Présidente Directrice Générale de La Montagne (elle restera Présidente du Conseil d’administration jusqu'à son décès en 2001, à l'âge de 96 ans). Francisque Fabre est reconduit dans sa fonction de Directeur général.

*(en 2007, le nom du fondateur, Alexandre Varenne, disparaît malheureusement et mystérieusement de la une "à côté du titre du journal " On dit qu' il n'est pas oublié ... son nom reste, quelque part dans le journal, dans un petit coin qu'on appelle "l'ours", que les lecteurs, bien sûr, lisent tous les jours ...)

1947

Conclusion

"Ai-je donc raté ma vie ? Oh ! que non pas ! J’ai vécu une longue période de l’histoire humaine, la plus fertile en progrès de toutes sortes, la plus dramatique aussi. J’ai vu naître les inventions les plus surprenantes. La lampe à pétrole fut dans mon enfance un événement. J’ai connu les premiers vélocipèdes, le premier bec de gaz, le premier tramway électrique. J’ai vu le premier cinéma, les premiers avions, les premières automobiles et cette merveille qu’est la TSF. Et j’ai été le spectateur épouvanté de l’interminable et atroce guerre de 1914, enfin de celle-ci, qui a ruiné le prestige glorieux du plus beau pays du monde, de celui qui avait donné à l’humanité la charte des Droits de l’homme et que je vois aujourd’hui, avec quelle douleur ! s’engager dans les voies sanglantes de la dictature. Mais j’ai connu, pendant mon court passage en Indochine, les joies sans pareilles de l’action désintéressée pour une grande cause. Et surtout j’espère fermement, avant de mourir, voir reverdir l’arbre de la Liberté … Oui, j’ai eu ma large part de succès, de noirs, de bonheur et de chagrins. N’est-ce pas la destinée normale de l’homme ?" (extrait des mémoires d'Alexandre Varenne, cahier 1942, avant de connaître quelques ultimes autres épisodes heureux de 1944 à 1946 ...)

extrait des mémoires d'Alexandre Varenne, cahier 1942, avant de connaître quelques ultimes autres épisodes heureux de 1944 à 1946 ...)

Biographie

extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940

Toutes les photos sont sous copyright du Fond Varenne.