sur-titre Nos missions > Valorisation de l’héritage Varenne > Oeuvres d’Alexandre Varenne > Un républicain engagé jusqu’à … la caricature

Un républicain engagé jusqu’à … la caricature

Deux livres viennent de sortir, ils cernent deux aspects de la personnalité d’Alexandre Varenne : la force de ses éditoriaux d’une part, et les caricatures de presse qui ont accompagné son action en Indochine d’autre part.

Dans le cadre du centenaire La Montagne, la Fondation Varenne publie deux ouvrages qui rendent hommage à Alexandre Varenne, le fondateur du journal. Le premier est une sélection de ses grands éditoriaux qui viennent ainsi ponctuer l’actualité de l’entre-deux-guerres mais aussi de la Libération. La seconde publication est une compilation de caricatures qui ont ainsi saisi sous le trait le fondateur de La Montagne, qu’il soit alors un homme politique en vue sous la IIIe République à Paris ou qu’il soit Gouverneur Général d’Indochine.

En vente à la Fondation Varenne à Paris (79 avenue Raymond-Poincaré ) et à Clermont-Ferrand (7,place de Jaude).

Commentant la sélection des éditoriaux, dans la préface, Jean-Yves Vif, ex-rédacteur en chef de La Montagne, a retenu pour titre du livre Editos d’un républicain engagé. Et à cet égard, Jean-Yves Vif rappelle pourquoi le mot « montagne » a été choisi pour baptiser le journal lancé en octobre 1919 : « A l’évidence, la référence à la montagne évoque moins les sommets du Massif central que le haut des gradins de la Convention où siégeaient les montagnards de la Constituante, parti le plus proche du peuple. »

En juin 40 un édito d’une forte prémonition

Et c’est bien ce choix de la gauche pragmatique derrière laquelle va militer Alexandre Varenne et pour laquelle il va écrire et affirmer sa fidélité. Tout au long des années de l’entre-deux-guerres il sera à la fois un militant de la paix, un fervent défenseur des droits de l’homme, un vigilant rempart pour la liberté de la presse et un fidèle et lucide soutien au Front Populaire. Et lorsque viendra le spectre des démons de la période noire de l’Occupation, lorsque le Maréchal Pétain demandera l’armistice et engagera la France dans la collaboration, Varenne n’aura qu’un cri, c’est l’édito du 10 juin 1940 titré Préparons la Résistance qui était en soi tout un programme et une prémonition. Alors qu’il aura cessé d’écrire pendant l’Occupation, il reprend la plume à l’été 1944 pour s’exclamer La France est sauvée et redire encore une fois sa fidélité à ses grands idéaux. Avec une évidence, il se range dès la Libération derrière le général de Gaulle et derrière les principes qu’explicite le chef de la France Libre dans son discours de Bayeux. « Il n’attend pas les prises de positions de ses amis socialistes et plaide d’emblée pour des institutions fortes, celles dont se dotera douze ans plus tard la Ve République », écrit Jean-Yves Vif. Qui, concluant cette sélection des éditos, reprend le titre du n° 1, celui du 4 octobre 1919 pour le réinterpréter : «  En Avant, encore et toujours ».

La caricature, arme des opposants

Le second ouvrage est un travail documentaire puisqu’il réunit de très nombreuses caricatures et nombreux dessins de presse qui au fil du crayon ont saisi la silhouette d’Alexandre Varenne au temps où il fut Gouverneur général d’Indochine. De grands caricaturistes de presse ont ainsi croqué l’homme à la barbe fournie ; notamment Jean Sennep, Stick, Pem, Georges Breitel (dit Bib), Therpan. C’est Daniel Ruiz, ex-éditorialiste de La Montagne et Jean-Louis Beltran, ex-chef du pôle image de La Montagne, qui ont procédé à la recherche et la sélection des caricatures.

Dans son commentaire Daniel Ruiz propose une petite révision à propos de la silhouette d’Alexandre Varenne. L’homme était un bon client pour les caricaturistes. Daniel Ruiz s’en explique ainsi : « Il faut ajouter que son personnage, sa longue barbe très fournie, sa tenue toujours soignée qui n’est pas celle de Monsieur tout-le-monde, ses chapeaux, sa petite taille… Varenne attire la caricature. »

Une vision émancipatrice dans la colonie

Autre facteur propice à croquer le Gouverneur général, c’est l’opposition que suscite sa politique parmi les grands colons d’Indochine et dans la presse réactionnaire des années 1920. (Il a été Gouverneur d’Indochine de 1925 à 1927). En effet Varenne a une vision progressiste de sa mission et il arrive avec des visées émancipatrices pour les autochtones. On ne parle pas encore de décolonisation. Alexandre Varenne « veut être un précurseur en essayant de mettre en œuvre une politique sociale, celle d’un franc-maçon membre de la Ligue des droits de l’homme et proche du Bureau International du Travail, une politique de réformes en faveur des ouvriers indigènes dans les plantations. »

 

Mettant ses actes en adéquation avec sa pensée, Alexandre Varenne va être victime de campagnes de presse, de cabales et de la montée en première ligne de ses opposants tant en métropole qu’en Indochine. Ainsi tous les dessins de presse qui le campent ici en poids plume de la politique, là en jouisseur, plus loin en roi fainéant, ailleurs en petit Napoléon, renvoient aux contradictions auxquelles Varenne a été soumis au cours de cette mission. Mais, ajoute Daniel Ruiz, « il serait injuste que l’histoire ne retienne pas que ses politiques sociales et émancipatrices font régulièrement dire à des chercheurs éminents qu’il préfigure le discours de de Gaulle à Brazzaville sur la décolonisation. »

Bernard Stéphan

Alexandre Varenne. Éditos d’un républicain engagé. 105 p., 15€.

Alexandre Varenne sous le trait de la caricature. 179 p., 15€.

Les deux ouvrages sont édités par la Fondation Varenne. Ils sont en vente dans les locaux de la Fondation, à Clermont-Ferrand et à Paris.