Alexandre Varenne (© Fondation Varenne)
sur-titre Alexandre Varenne

Colloque : que reste-til de l’engagement Varenne ?

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En créant La Montagne en 1919 Alexandre Varenne avait lancé un cri du cœur et de raison au service de son engagement politique : « En Avant ! » 100 ans après, un colloque va se pencher sur la part du politique dans la presse. A l’heure où s’effondrent les valeurs, que reste-t-il de l’esprit de Varenne dans la presse française d’aujourd’hui ?

(Alexandre Varenne entouré de ses collaborateurs au journal La Montagne ©FAV)

Alors que le journal La Montagne vient de célébrer son centenaire, la Fondation Varenne, son actionnaire de référence, organise dans ce cadre un colloque pour éclairer l’action du fondateur Alexandre Varenne à l’aune de son engagement politique et de son action de journaliste et patron de presse d’un quotidien régional. Ce colloque prendra ses quartiers les 2 et 3 avril dans les salons d’honneur de l’hôtel de ville de Clermont-Ferrand.

→ Plusieurs grands noms de la presse et de l’université sont attendus pour remettre en perspective l’action du fondateur de La Montagne.

Un idéal politique et humaniste
La Montagne du 4 octobre 1919 (© FAV)

Dans la grande tradition des journalistes engagés à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, Alexandre Varenne, homme de gauche, humaniste, confronté à la scission du mouvement ouvrier au lendemain de la Grande Guerre avec la création du Parti Communiste, avait voulu un outil politique « au service du bien public », ainsi fut lancé le journal La Montagne. (Il faut d’ailleurs noter que la plupart des grands quotidiens régionaux furent, à leur lancement, des outils politiques au service d’un homme ou d’un parti).

Dans l’éditorial du premier numéro de La Montagne, le 4 octobre 1919, Alexandre Varenne avait précisément cerné ainsi son projet : « Un mot, une idée expriment aujourd’hui toutes les espérances des masses : le socialisme. (…) C’est cette force que nous voulons dégager, c’est cette idée que nous voulons servir. » Et il ajoutait peu avant de conclure : « Les Montagnards avaient rêvé d’une humanité meilleure, affranchie de toutes les servitudes, libre, égalitaire et fraternelle.  Leur rêve n’est pas mort avec eux. (…) Le fardeau est plus lourd, mais l’idée est vivante : En Avant ! »

 

Jeanneney, Joffrin, Viansson-Pontet

Ces journées vont rassembler à Clermont-Ferrand plusieurs grandes plumes de la presse et de l’Université pour mieux éclairer ce que fut le projet d’Alexandre Varenne. Ainsi Jean-Noël Jeanneney (professeur, historien des médias, ancien ministre). Il reviendra à ce spécialiste de Clémenceau de brosser le tableau de la presse quotidienne régionale depuis 1919. Fabien Conord, professeur à l’Université d’Auvergne montrera comment on est allé d’un projet de presse qui avait une vision nationale à une presse réellement régionale. Une séance sera consacrée à un exemple de presse régionale engagée, celle de La Provence, quotidien qui fut celui de Gaston Deferre, grande figure du socialisme marseillais et de la gauche parlementaire. En écho Christian-Bougeard Depierre, professeur à l’Université de Bretagne, viendra évoquer la figure du gaulliste historique René Pleven ; engagé dans la France Libre, et son lien avec le journal Le Petit Bleu des Côtes d’Armor.

Jean-Noël Jeanneney (© DR)
Laurent Joffrin (©Trong Ngoc)
Jean Viansson-Ponté (© FAV)

 

Bien entendu on ne manquera pas de s’interroger sur la politique dans la presse aujourd’hui. Qu’il s’agisse de la presse nationale, mais aussi de la PQR. Quelle place est laissée à son traitement ? Quelle est la part de l’engagement ? Quelle est la relation entre l’homme politique et le journal ? Quels rapports entretiennent les lecteurs friands d’actualité politique et un média de proximité ? Ce sont autant de questions que tentera d’éclairer la table ronde qui réunira l’après-midi du 3 avril plusieurs intervenants dont Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération, Michel Habouzit, président du Conseil d’Administration de La Montagne, Hubert Coudurier, directeur de l’information du Télégramme, Françoise Verna, directrice de la rédaction de La Marseillaise et Jean Viansson-Ponté, ex-président du Syndicat de la Presse Quotidienne Régionale. C’est le président de l’Université d’Auvergne, Mathias Bernard, professeur d’histoire contemporaine, spécialiste de l’histoire des idées politiques, qui conclura.

100 ans après, que reste-t-il de l’esprit de Varenne dans la presse ? Peut-être la réponse viendra-t-elle au terme d’un colloque qui enjambera un projet né dans l’esprit très vif de la lutte des classes pour rejoindre une époque très individualiste où le collectif est balayé par le chacun pour soi, où le solidaire est bousculé par le populisme, où l’esprit de raison cède le pas aux fake news. Bref, on a besoin plus que jamais de l’esprit de Varenne…

Bernard STEPHAN

Pratique – Colloque Au miroir d’Alexandre Varenne : l’homme politique, l’homme de presse régionale. Jeudi 2 et vendredi 3 avril 2020, salons de l’hôtel de ville de Clermont-Ferrand.
Ouverture du colloque jeudi 2 avril à 18 heures par Daniel Pouzadoux, président de la Fondation Varenne.
Vendredi 3 avril conférences et table ronde de 9 heures à 16 heures. Entrée libre en fonction du nombre de places disponibles.